Puni et violenté pour avoir offert un tour de manège

Bon par nature

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été tourné vers les autres, à vouloir faire plaisir, à chercher à résoudre les problèmes, apporter des solutions, du réconfort.

Comme un adulte

J’ai été parentalisé très vite. Cette expression qualifie un enfant à qui on a donné des responsabilités d’adulte, à qui on a prêté des intentions d’adulte, des réactions d’adulte et donc sur qui on a mis des attentes d’adulte.

À 5 ans déjà, il n’était pas rare que j’aille faire des commissions pour ma mère tout seul. Et on attendait de moi que je fasse juste, que je compte juste, que je rende juste, que je ne traîne pas. Une erreur dans la monnaie rendue pouvait valoir une violente remontrance, une punition, voire des coups, comme le jour où mon frère a pris des coups de ceinture parce qu’il manquait 20 centimes sur la monnaie, avant que ma mère ne se rende compte que c’était le sac en papier qui n’apparaissait pas sur le ticket mais que mon frère avait bel et bien payé.

Les punitions, chez nous, ça pouvait être par exemple être enfermé à clé dans la chambre au milieu de l’après-midi, et jusqu’au lendemain matin. Privé de repas, et avec interdiction de jouer, de lire, bref, interdiction de vivre.

Ses yeux brillaient

Un jour, alors que j’avais 9 ans, nous avions la visite d’une amie à ma mère avec sa fille de 6 ans. Comme à son habitude, ma mère m’a envoyé en commissions et je suis parti, je ne saurais dire pourquoi, accompagné de la petite de 6 ans. C’était les promotions, la fête de fin d’année scolaire. Et aux promotions, le luna park s’installait sur la place du marché, à deux pas de chez moi.

Le commerce où je devais me rendre s’y trouvait justement. J’ai donc fait les courses attendues par ma mère, puis nous avons regardé les manèges avec la petite. Devant l’un d’eux, voyant ses yeux qui brillaient, j’ai pris l’initiative, à 9 ans, de lui payer un tour. À l’époque, il devait en coûter 1,50 franc (l’équivalent de 6 francs français). La petite était aux anges.

Le tour fini, nous sommes rentrés.

L’erreur décidé par l’autre

Et là, ma mère a explosé de colère. Je ne me souviens pas de ses mots. Par contre, ses gestes resteront gravés à jamais. Elle m’a empoigné par les cheveux et m’a littéralement traîné jusque dans ma chambre en me criant dessus, puis m’y a enfermé.

Je suis incapable de me souvenir de ce qui s’est passé concrètement, ni de la suite. Ce que je sais aujourd’hui, c’est que c’est un des nombreux événements qui a participé d’une anxiété quasi permanente durant ma vie, anxiété dont je n’avais aucune compréhension jusqu’à fin 2024, quand j’ai découvert le syndrome de stress post-traumatique complexe.

J’en comprends les mécanismes depuis très récemment, des mécanismes qui ne sont pas psychologiques, ni neurochimiques, mais physiologiques, avec comme centre de contrôle un système nerveux autonome déréglé, qui considère que je suis en danger chaque minute de ma vie et qui cherche à me protéger d’une mort qu’il pense tout à fait envisageable.

Le lit de l’hypervigilance

Cet événement a confirmé, probablement pour la Xième fois, à mon système nerveux autonome qu’il m’était impossible de savoir à l’avance, lorsque je faisais une action, si c’était une erreur qui me vaudrait un « risque de mort » (violence = danger de mort d’un point de vue purement physiologique). Et il est important de comprendre ici qu’on parle d’interprétation de la personne violente. Impossible de savoir si quelqu’un d’autre considérera qu’une action est une erreur et vous mettra en danger de mort en réaction.

Un handicap toute la vie durant

C’est ce type de violence qui a fait le nid d’une hypervigilance handicapante et d’un besoin quasi pathologique de validation extérieure, mon propre système ne pouvant jamais anticiper l’interprétation de la personne à qui j’aurai à faire. C’est ce qui me vaut mon anxiété sociale, mon angoisse alors que je dois faire face à un médecin, un artisan, un chef, ou toute autre personne avec qui je devrais pouvoir développer une relation de confiance.